Local Natives: Evoluer et prendre des risques

/ March 19, 2013 / admin

Découverts en 2009, année de la sortie de leur fantastique premier album Gorilla Manor, le groupe californien Local Natives fait son retour sur le devant de la scène avec un nouvel opus intitulé Hummingbird, un disque placé sous le signe de l’évolution, oscillant entre pop, rock et électro. Pour cet album aux chansons plus travaillées et plus profondes, le quatuor a fait appel à Aaron Dessner de The National pour la production, s’éloignant par la même occasion de sa ville natale pour débarquer à New York où il a finalisé l’enregistrement. Si ces dernières années ont été merveilleuses musicalement, elles ont aussi été difficiles d’un point de vue personnel – le départ du bassiste Andy Hamm, certains être chers ont disparu -, mais à l’image d’un fragile colibri (hummingbird), les Local Natives ont su trouver la force pour que leur histoire perdure. Nous avons profité de cette sortie pour poser quelques questions au groupe et c’est le chanteurTaylor Rice qui a accepté de nous répondre.

The Morning Music : Hummingbird est mieux construit que Gorilla Manor, plus vaste…

Taylor Rice : Oui je le pense aussi. La plupart des gens imagine cela comme un élargissement vers l’intérieur, c’est exactement le cas avec cet album. Nous nous y sommes vraiment mis à nu, c’est un album très personnel.

TMM : Avez-vous apprécié le fait d’essayer de nouveaux instruments, de créer de nouveaux arrangements.

TR : Oui, nous avons pris une nouvelle direction quant à la composition pour Hummingbird. Pour Gorilla Manor, nous avions composé toutes les chansons en direct, tous ensemble réunis dans la même pièce, et une fois l’écriture des chansons terminée, elles étaient enregistrées comme ça, sans ajouts particuliers. Cette fois nous avons décidé de ne pas nous occuper de savoir si on pouvait les jouer en live avant qu’elles ne soient prêtes. Donc nous enregistré de la même façon que nous avons composé ces titres dans notre petit studio de fortune que nous avons construit à Silverlake. Cela a été très libérateur, ça nous a permis de continuer à réarranger à notre guise.

TMM : De quelle chanson êtes-vous le plus fier ?

TR : Personnellement je suis fier de Ceilings. C’est une chanson importante pour moi. Plusieurs de nos chansons prennent généralement des mois et des mois à prendre forme avant d’être finalisées alors que Ceilings est venu dans un grand élan d’inspiration que tout le monde a su saisir sur l’instant. J’aime les arrangements que nous avons choisis pour la mélodie jouée à la guitare.

TMM : Sortir un 2ème album est toujours un grand pas, du fait qu’il existe un risque de décevoir les fans, étiez-vous préoccupés à propos de ça ?

TR : Je pense que les fans veulent voir les artistes qu’ils aiment évoluer et prendre des risques, et je crois que nous avons plus de chance de décevoir les fans en nous inquiétant de ce qu’ils vont penser plutôt qu’en faisant simplement ce qui nous semble être juste. Nous accordons tellement d’importance à la coopération dans le groupe que cela peut être extrêmement difficile et ardu d’être tous d’accord. Mais quand nous arrivons finalement à nous mettre d’accord sur une chanson, je me sens confiant.

TMM : Vous avez joué ces chansons sur scène avant la sortie de l’album, comment a réagi le public ?

TR : Merveilleusement. Cela peut être difficile pour un fan d’aller voir un groupe en concert et de n’entendre que des chansons inconnues… mais les nouvelles chansons ont retenu l’attention du public. Je pense que nous sommes plutôt chanceux d’avoir des fans aussi fantastiques. Cela m’a surpris certains soirs de voir comment une chanson que personne dans la salle n’avait entendue jusque-là pouvait trouver un tel écho.

TMM : Pourquoi avoir choisi Hummingbird comme le nom de votre album ?

TR : Les deux dernières années ont vraiment été incroyables à bien des égards mais elles ont aussi été les plus difficiles que nous ayons vécues d’un point de vue personnel. Certaines relations se sont effondrées, quelqu’un est mort de manière prématurée dans la famille. Le colibri est une créature fragile qui représente cette dichotomie en quelque sorte. Il doit battre des ailes un million de fois par minute pour se maintenir en vie, c’est un symbole puissant. Quand les gens voient un colibri, ils s’arrêtent généralement pour le contempler, restant admiratifs devant un tel spectacle. Ce symbole qui nous a vraiment frappé est la parfaite définition de ce que cet album représente pour nous dans sa globalité.

TMM : Comment s’est passée votre collaboration avec Aaron Dessner?

TR : Il nous a vraiment considérés comme faisant partie de sa famille. Nous avons littéralement vécu avec sa famille dans sa maison pendant que nous enregistrions l’album. D’un point de vue créatif, c’est super de travailler avec lui en studio, j’ai appris énormément de choses en bossant avec lui.

TMM : Pourquoi avoir choisi d’enregistrer cet album à New-York ?

TR : Nous avons composé et enregistré des démos à Los Angeles pendant à peu près un an. Puis quand le moment est venu d’enregistrer, nous savions que nous voulions quitter LA. Nous voulions sortir de notre zone de confort. Je pense que se retrouver physiquement dans un nouvel espace permet à votre esprit de s’ouvrir davantage que d’habitude. Nous nous sommes retrouvés à Brooklyn tout simplement parce que c’est là que vit Aaron et son studio est dans son jardin.

TMM : Il y’a eu un changement dans votre formation, votre bassiste Andy est parti, quel impact a eu son départ dans le processus d’enregistrement ?

TR : Cela nous a permis de nous ouvrir à de nouvelles méthodes d’écriture. Les chansons sont restées telles que nous les avions écrites lorsque nous les avons enregistrées. Nous avons aussi élargit notre palette avec ce disque, que ce soit avec les sonorités ou les arrangements.

TMM : Avez-vous écouté de la musique récente durant les sessions de composition ou d’enregistrement ?

TR : Oui pendant la phase d’écriture, nous avons écouté de la musique récente, bien qu’au moment où nous avons vraiment commencé à enregistrer nous avons tous décidé de ne rien écouter de moderne. Pendant l’enregistrement je n’ai écouté que du Leonard Cohen et du Nick Drake.

TMM : Quels sont les artistes qui vous ont le plus influencé depuis le début ?

TR : Eh bien, on joue ensemble depuis très longtemps maintenant, depuis que nous sommes mômes en vérité. Ryan et moi nous sommes rencontrés quand nous étions au collège et nous avons apprit à jouer de la guitare ensemble. Notre groupe préféré était At The Drive In. Parmi les autres artistes que j’aime depuis toujours, il y a BjorkAnimal Collective, The Zombies et Sufjan Stevens.

TMM : Pour Gorilla Manor, vous aviez vous-même réalisé la pochette, avez-vous aussi réalisé celle de Hummingbird ?

TR : Oui, nous nous chargeons de toute la partie design, la conception de la pochette de l’album est donc un projet particulièrement important. La couverture a un air surréaliste mais c’est en fait cet étrange instantané plutôt banal pris par accident qui incarne l’émotion du disque pour moi. Sur la photo, on y voit MattKelcey et moi, et c’est Ryan qui l’a prise. Nous étions en train de monter au-dessus de notre lieu de répétition et Kelcey était le dernier. J’ai demandé s’il avait besoin d’aide mais il a répondu qu’il pouvait monter. Quand il a sauté pour pouvoir grimper sur le toit, il a glissé et a failli tomber. Sur la photo, on voit ce moment où il peine à se hausser sur le toit. J’aime ce que montre le sourire sur son visage. Nous avons eu des moments difficiles cette année, mais nous en sommes sortis plus forts et nous avons conservé notre joie du début à la fin.

TMM : Vous serez en tournée en Europe ce mois-ci, êtes vous content de jouer ici à nouveau ?

TR : Voyager est ce que je préfère le plus à côté de la musique. J’adore voir avec la vitesse on passe d’une culture à une autre lors d’une tournée européenne. C’est comme un rêve surréaliste.

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Category: Interview

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